
Jérôme de Perlinghi : Dégats de l'ouragan Katrina, Gulfport, Missouri, septembre 2005
(40 x 60cm) Tirage lambda. Édition de 15.
L'exposition "Flag ...for which it stands..." présente une sélection d'oeuvres d'artistes internationaux dans lesquelles le drapeau américain est présent, de manière délibérée ou inconsciente. Elle est le fruit de plusieurs années de recherches dans l'élaboration d'un thème pour une collection de photographies. Etant américain et préoccupé par l'entêtement de notre président à se mettre toutes les populations du monde à dos, y compris celle de la France (ma deuxième patrie) je commence à remarquer dans la presse, dans les galeries, des images où apparaît le drapeau américain.
Une des premières photos qui m'a marqué est celle prise par Alex Majoli de l'évacuation d'un soldat américain mort dans la bataille pour Bagdad. Une main tendue maintient le drapeau sur le corps du défunt alors que les pales de l'hélicoptère menacent d'emporter le dernier élément protégeant sa dignité. Cette photo est frappante par son intemporalité. Elle aurait aussi pu être prise pendant la guerre du Vietnam. En la regardant, on peut s'interroger sur l'utilité de la guerre en générale, tout au moins sur la légitimité de celle-ci. Le geste de cette main prend une symbolique universelle : Elle se tend pour protéger toute l'Amérique entière, symbolisée par son drapeau. Pour cela, cette image transcende la photographie documentaire et devient oeuvre d'art.

Evacuation du corps d'un soldat américain tué pendant la bataille de Baghdad, le 8 Avril 2003.
(26 x 39 cm) Tirage pigment. Édition de 15. (Collection C. Lunn).
Avec Thierry Marlat nous avons continués à accumuler des oeuvres qui répondent à cette thématique du drapeau et de l'identité des Etats Unis et qui s'inscrivent dans l'art photographique. Une collection n'est jamais terminée. Combien d'autres images existantes auraient pu trouver leur place au sein de cette sélection? Cependant, il semble pertinent d'accoucher de cette exposition alors que les Etats Unis s'apprêtent à élire un nouveau président et tenter de balayer l'héritage de George W. Bush.
La « bannière étoilée » (Stars and stripes) ou « vieille gloire » (Old Glory), comme on l’appelle dans le pays de George Washington, est un symbole d’unité nationale. Les 50 étoiles représentent les 50 états. Les 13 barres horizontales représentent les 13 colonies qui se sont rebellées contre l’Angleterre et ont formé la première Union. Le premier Président des Etats-Unis aurait déclaré : «Nous prenons les étoiles du ciel, nous divisons le rouge, symbole de notre mère patrie, avec le blanc pour montrer que nous nous sommes séparés d’elle. Pour nos déscendants, les lignes blanches représenteront la liberté.»

Poster de campagne pour Edward Kennedy, 1994.
(72,1 x 51,1 cm) Sérigraphie, N°4/100
Il n’y a pas de connotation négative du patriotisme aux USA. Chaque américain est fier de son drapeau qui symbolise l’union américaine, la naissance du nouveau monde, et l’identité du pays. D'ailleurs, il apparaît dans tous les moments de triomphe guerrier ou sportif. Selon la loi, il ne peut être piétiné, brulé ou désacralisé (1). Un drapeau qui a touché terre, qui est souillé ou effiloché devient impropre au spectacle public. Il ne salue personne, même pas les rois (2). Il a même son propre jour : Flag Day, le 14 juin. Il est enfin le dernier vêtement des soldats. Morts en guerre ou pas, leurs cercueils sont drapés de rouge, blanc, bleu et, en fin de cérémonie, l’emblème est soigneusement plié comme l'exige le protocole, puis confié à la famille.
Il n’y a pas si longtemps, dans toutes les écoles américaines, les élèves devaient se lever, porter la main gauche sur le cœur, et réciter le « Pledge of Allegiance » (3) :
of the United States of America,
and to the Republic for which it stands:
one Nation under God, indivisible,
With Liberty and Justice for all. (4)
Ces 31 mots sont une profession de loyauté et de dévotion, non seulement au drapeau, mais à un idéal : The American Way of Life.

(23,5 x 35 cm) Tirage argentique d'époque, signé et daté au crayon par l'auteur au dos.
(courtesy Howard Greenberg Gallery, New York)
De la photo emblématique du drapeau déposé sur la surface de la lune par l’équipage d’Apollo 11 à la fresque panoramique de « ground zéro » dans l’Aftermath de Joel Meyerowitz. En passant par la vision ironique de Bruno Dieudonné et du drapeau qu’un Suédois de Göteborg a peint sur l’aile de sa voiture ou l’image saisie par Jérôme de Perlinghi d’un drapeau laissé sur le pas de la porte d’une maison envolée, le destin d’une famille brisé par l’ouragan Katrina.
Tous ces regards se croisent et nous font réfléchir au passé, au présent et à l’avenir de l’Amérique.

Neil Armstrong et Edwin "Buzz" Aldrin, lors de la mission Apollo 11, le 21 juillet 1969.
(20 x 25 cm) Tirage chromogénique d'époque. (Collection particulière).
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1.) Le « Flag Code » est une loi fédérale mais ne saurait être appliqué à la lettre à cause du premier amendement qui prône la liberté d’expression.
2.) Pendant les Jeux Olympiques de 1908 à Londres, les pays devaient incliner leur drapeau devant le roi Edouard VII. Le capitaine de l’équipe
américaine, Marin Sheridan, aurait refusé en disant que le drapeau ne saluait aucun roi sur terre.
3.) Une première version de ce serment d’allégeance au drapeau américain a été publié le 8 septembre 1892 dans « The Youth’s Companion » à
Boston. Ceci afin que les écoliers le prononcent lors de la commémoration, le 12 octobre, du 400e anniversaire de la découverte de l’Amérique par
Christophe Colomb. Le serment, qui comporte désormais 31 mots au lieu des 23 d’origine, aura été modifié quatre fois. La dernière, sous la
présidence de Dwight D. Eisenhower le 14 juin 1954, a été d’y insérer la notion divine.
4.) Littéralement : « Je prête allégeance au drapeau des Etats-Unis et à la République qu’il représente : une Nation unie sous l’œil de Dieu, avec la
Liberté et la Justice pour tous. »







