
Planche 12 - Tirage lambda, N°1/5 (103 x 142 cm)
Kirsten Jensen nous propose une fantastique réflexion sur la capacité de l’oeil à nous faire ressentir l’indéfinissable sensation du temps qui passe, en silence, dans une évocation à la fois objective et romantique de l’élément liquide et de ce qui peux le parcourir, toute voile déployée, tel un vaisseau fantôme, que l’on ne sent pas approcher mais qui nous observe, muré dans son errance éternelle et vibrant oh combien, dans ce qui lui reste de lumière.Â
L’eau est un élément qui a attiré les peintres depuis toujours, pour la richesse des effets visuels qu’elle réussit à produire et pour sa multiplicité de formes. Ses différents aspects ont été retranscrits dès les premiers travaux de peintres en extérieur, que ce soit dans des représentations maritimes, fluviales, ou dans des situations plus ludiques comme la plage ou les promenades en bord de mer.
Les réflexions picturales autour de l’eau ont beaucoup évolué selon les époques, selon nos relations avec l’élément aqueux. Au cours du temps, notre manière d’envisager cette matière modulable s’est transformée. Développant des idées nouvelles, l’homme va dépasser les craintes irrationnelles associées à l’eau et se familiariser progressivement avec ses multiples formes.
De toutes, c’est l’océan qui a le plus fasciné dès le XVIIe siècle, espace à la fois vide et plein, surface mouvante qui a attiré à cause de ses dimensions infinies, aussi bien les explorateurs que les poètes. C’est pour son caractère extrême que le mouvement Romantique va l’introduire dans le langage artistique, en faire un champ de projection des états d’âme, un équivalent à la violence des sentiments de cette génération née pendant la Révolution et qui va s’épanouir sous le Second Empire.

Planche 8 - Tirage lambda, N°1/5 (103 x 170 cm)
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Planche 3 - Tirage lambda, N°1/5 (103 x 169 cm)
C’est à cette époque -dans les années 1850- que le phénomène photographique prend son essor, développe une iconographie proche des genres « mineurs » en peinture comme les paysages, scènes de genre, natures mortes, tentant un nouveau type d’approche de ces sujets.
Les problèmes posés par la sensibilité encore faible des plaques de verre vont pousser les photographes à développer une certaine inventivité technique. Pour réussir à mettre en images cette nature si changeante et difficile à fixer sur la plaque de verre, ils vont imaginer de multiples solutions.
(Gustave Le Gray apparaît comme un virtuose des procédés dans ces recherches sur l’amélioration de la qualité picturale, travaillant avec deux négatifs pour ses marines, un pour l’eau et la plage, un pour le ciel.)
Beaucoup d’autres photographes éprouveront de la fascination pour cet élément qui n’a pas de forme fixe. La difficulté de ce sujet va être de réussir à fabriquer une image à partir d’une matière toujours mouvante, qui ne peut pas être contrôlée. Tous participent à la création de cette iconographie par un apport particulier.
Kirsten Jensen est à la fois photographe et marin. Elle a choisi d’immobliser l’immobilisable : l’élément eau, avec les techniques les plus rudimentaires de l’histoire de l’art photographique : le sténopé, la chambre en bois Kodak Eastman et un appareil 6 x 6 des années 1950 déniché dans une brocante.
Le résultat apparaît comme un dessin de lumière : le soleil filtre à travers les voiles des vaisseaux esquissant leurs contour, les reflets à la surface de l’eau dansent et les éclats d’embruns jaillissent de la mer. On pense aux tirages à la gomme bichromatée de pictorialistes européens comme Heinrich Kühn, ou américains : Alvin Langdon Coburn ou Gertrude Kâsebier. Pour l’amour qu’elle renvoi de son sujet, on pense aussi à Beken et ses navires photographiés à la chambre, avec la poire entre les dents pour mieux tenir son appareil dans es deux mains.

Planche 14 - Tirage lambda, N°1/5 (131 x 134 cm)
Kirsten photographie depuis l’age de 15 ans. Non-stop. Son language est devenu l’image. Elle met en phrase son quotidien, les belles choses qu’elle voit autour d’elle. Elle cherche ses mots, à travers l’eau, les fleurs ou les arbres, les jeux de ses enfants, dans les coins sombres de sa chambre, ou dans les creux de son propre corps.
« Elle traverse les eaux comme une chose de la vie
Et semble provoquer les éléments au conflit. »
Lord Byron (George Gordon Noel Byron)
Le corsaire (canto I, st. 3)
L’horizon nous fascine tous à un moment de notre vie. On y cherche le soleil qui se lève. On veut voir là où la terre épouse le ciel infini. Au loin, on scrute, on cherche ; ses souvenirs, son avenir peut être, une image de ce que sera notre vie, un signe vers une nouvelle direction. Lorsque l’on est à la surface de l’eau, l’horizon possède une dimension supplémentaire. Les profondeurs de l’océan nous attire. A travers ce miroir d’eau : Aqua incognita.
« Il n'est jamais trop tard pour sonder l'inconnu,
Il n'est jamais trop tard pour aller au-delà . »
Gabriele d’Annunzio - Extrait de Odes navales
Kirsten Jensen joue avec cette tension à la surface de l’inconnu. Parfois, pour nous paralyser encore plus, l’horizon est dissimulé dans le brouillard. Il n’y a rien dans le cadre auquel le spectateur peut se raccrocher. Il faut faire confiance au pilote et aller de l’avant.
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Planche 17 - Tirage lambda, N°1/5 (103 x 169 cm)
« A nouveau sur les eaux ! Une fois de plus !
Et les vagues s’unissent au dessous de moi comme une monture
Qui connaît son cavalier. »
Lord Byron (George Gordon Noel Byron)
Childe Harold (canto III, st. 2)






