Corinne Lagorre : juste et lumineuse

Corinne LAGORRE - Thierry MARLAT

XXXY

7 mars au 15 avril 2016

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Quand Corinne Lagorre s'est assise lors de notre premier rendez-vous, sa gestuelle pour installer son ordinateur portable d'une manière instinctive, faite mille fois, m'a fasciné. Elle était une photographie. Cette première perception, je l'ai retrouvée à chaque fois dans ma carrière avec les artistes que j'ai rencontrés : chacun à leur manière était une photographie voire une cartographie qui nous fait exister. Ce premier échange de regards est comme l'acte photographique, chacun en est le sujet.

La première photographie qu'elle m'a montrée était une porte ouverte sur un territoire inconnu, possiblement menaçant, mais qui n'établissait qu'un constat objectif brouillé par un imbroglio de barreaux, mathématique par son ordonnancement, géographique par nécessité. Du Walker Evans sans la froideur, de l'Adam Bartos sans la neutralité. Et cette position au monde, ce désir d'exister se déploie au fur et à mesure que l'on découvre son travail.

Beaucoup d'artistes ont accouché de chef-d'oeuvres qui demandaient un réel effort au spectateur de passer au-delà, de se placer juste à côté de lui, de pouvoir embrasser ce moment, d'exister ensemble.

Obtenir ça est laborieux pour certains, intuitif pour d'autres, conjonction difficile à gérer dans le marché de la photographie d'art, où il faut prendre en compte l'instantanéité de l'information mondiale et l'existence des frontières protectionnistes.

La photographie est la deuxième invention humaine après l'écriture. Ce que Corinne Lagorre m'a livré d'elle-même c'est la vision épicène d'une femme dans le monde où tout est juste et lumineux.

Corinne Lagorre, "Black Box Theatre", Singapour 2009