"Nous existons en relation avec trois choses, affirme Tsuyanqua, la vieille shaman centenaire auprès de laquelle voyageait souvent Hamid Sardar-Afkhami : « la nature, les animaux et la mémoire de nos ancêtres. Une fois que nous oublions cela, les anges gardiens nous abandonnent et les démons s’emparent de notre destin. »

 

Hamid, dont la galerie Thierry Marlat présente les somptueux tirages au platine, est lui même devenu un passeur entre ce monde des shamans de Mongolie et nous qui avons oublié que nous existons entre ces trois éléments.  Depuis dix ans, il chevauche les rennes et parcourt le territoire de ces peuples venus du fond des âges. « Ce récit photographique, » explique Hamid, « est un hommage au peuple nomade remarquable dont la mémoire est restée intacte. Pour eux, le monde ensoleillé des vivants n’est qu’un reflet d’une plus vaste continuité spirituelle. Celle-ci est constituée de cieux et d’ancêtres, dont ils se souviennent perpétuellement à travers le fabuleux panthéon des animaux esprits qui leur éclaire le chemin. »

 

Le projet photographique d’Hamid Sardar-Afkhami, né en Iran en 1966 et qui a reçu son Ph. D. à Harvard après des études des langues tibétaines et mongoles, est une sorte de recherche de ses propres racines et aussi une quête spirituelle.  D’ailleurs, en regardant la photo d’Hamid avec ses compagnons Tsaatan dans la neige, au col de Hamdaktug, entourés de leurs rennes, je vois un homme en harmonie avec son environnement. « J’ai commencé à l’âge de 21 ans, » explique-t-il. « Je voulais me reconnecter à un rêve d’enfance interrompu. Avec ma famille, nous passions les étés au bord de la mer caspienne. Il y avait une nature extraordinaire avec des panthères, des ours, des esturgeons géants, des serpents. C’était un Eden sauvage. »  Aujourd’hui, en été et automne, il installe son camp de yourtes entre la Mongolie et la Russie. Il voit passer les loups et les élans ainsi que les trappeurs. 

 

Hamid voulait devenir avocat, mais un cours sur les religions orientales a fait basculer sa vie.  « J’ai commencé à avoir des rêves extraordinaires, » confie-t-il.  Dans un paysage himalayen, un homme venait à lui et lui montrait la montagne en lui disant d’y aller.  Après un séjour à Walden, là où Henry David Thoreau s’était retiré, il fait un voyage au Népal où il rencontre un maître tibétain qui commence par l’envoyer méditer dans une cave à deux jours de marche. « C’était la vallée que j’avais vue dans mes rêves, » raconte Hamid Sardar Afkhami.  Après le Népal, il est passé à la Mongolie où il étudie le lamaisme mongol et le shamanisme. 

Dans certaines photos, les plus anciennes, Hamid Sardar-Afkhami a voulu établir une typologie à la August Sanders, mais rapidement, les portraits s’estompent.  Dans ces paysages peuplés de rennes, de chevaux, d’aigles, de serfs, de chiens, de loups, les hommes n’occupent plus le centre de l’image, « c’est juste quelque chose qui flotte dans le paysage. »  D’ailleurs, sans le renne, ces hommes seraient perdus. La vie presque impossible. Il affirme vouloir capturer « la résonnance entre les hommes et les animaux, tellement présente. Ces nomades sont les héritiers des chasseurs et des shamans. Ils exercent des métiers qui n’ont pas changé depuis l’Age de Bronze. »  Les animaux ont une fonction que nous avons oubliée. Ils nous disent d’où nous venons et où nous allons. Ce n’est pas un hasard si dans les tombes anciennes les être humains sont enterrés avec un animal. C’est lui qui permet le passage dans l’au-delà. 

 

Les tirages évoquent également Edward Curtis qui a voulu garder une trace des tribus indiennes avant leur disparition.  Mais le travail d’Hamid Sardar-Afkhami est sans nostalgie et il ne regarde pas ces nomades mongols comme différents de nous, mais comme les dépositaires d’un savoir que nous avons oublié et qui n’a jamais été aussi actuel en ce moment de crise économique et écologique. 

DARK HEAVENS: SHAMANS AND HUNTERS OF MONGOLIA. Jusqu'au 23 juin 

 

Galerie Thierry Marlat. 2, rue de Jarente. Paris 04. " Jean-Sébastien Stehli, Le Figaro Madame http://blog.madame.lefigaro.fr/stehli/2009/06/hamid-sardarafkhami-et-les-sha.html